Deux semaines de tennis, des surprises en cascade, une génération qui frappe à la porte et un homme au-dessus de tout. Le Masters 1000 de Miami a tenu toutes ses promesses. Jannik Sinner a réalisé le Sunshine Double en ne concédant pas le moindre set sur l'ensemble des deux tournois ( Indian Wells + Miami ), pendant qu'Arthur Fils atteignait pour la première fois de sa carrière une demi-finale de Masters 1000. Dans l'ombre des grands noms, une "new new gen" espagnole et française a profité de l'hécatombe chez les têtes de série pour s'inviter sur le devant de la scène.
Sinner réalise le Sunshine Double
Victorieux il y a deux semaines à Indian Wells, il était le favori et il a assumé ce statut. Dimanche 30 mars, Jannik Sinner a remporté le tournoi de Miami en battant en finale Jiri Lehecka en deux manches, 6-4, 6-4. Il réalise par la même occasion le premier Sunshine Double depuis Roger Federer en 2017. Un exploit retentissant, qui résonne encore plus fort quand on sait que l'Italien n'a concédé aucun set sur l'ensemble des deux tournois.
La pluie a marqué cette finale du début à la fin, elle qui avait déjà repoussé le coup d'envoi d'une heure. Après une première manche maîtrisée par l'Italien, elle s'invite à nouveau et interrompt la rencontre pendant plus d'une heure et demie. Les deux hommes font leur retour sur le court et, à l'image du premier set, Lehecka est loin d'être ridicule, mais la vitesse de jeu de l'Italien aura raison de lui. Il craque dans le neuvième jeu et cède son service au numéro 2 mondial. Sinner ne se fait pas prier et conclut sur le jeu suivant.
Jannik Sinner remporte pour la deuxième fois de sa carrière le tournoi de Miami et devient le premier homme né après 1990 à réaliser le Sunshine Double. Celui qui n'a cédé aucun set sur ses trois derniers Masters 1000 se rapproche aujourd'hui dangereusement de Carlos Alcaraz dans une période où il n'a aucun point à défendre jusqu'à Rome. Il aura réalisé le tournoi parfait et, durant ce mois de mars, fait définitivement taire les quelques critiques entendues après sa "terrible défaite" à Melbourne et sa "faute professionnelle" à Doha. Respect Jannik.
La belle semaine des Français
Arthur Fils : mission accomplie, et plus encore
Que dire d’Arthur Fils … Moins de deux mois après son retour à l'open d’occitanie, le français a fait taire une bonne partie des critiques le concernant. Il arrivait aux états unis avec une mission compliquée : défendre deux quarts de finale réaliser la saison dernière. Le moins qu’on puisse dire est que c’est chose faite. Après son quart de finale à Indian Wells, Fils a atteint pour la première fois de sa carrière une demi-finale de Master 1000 en Floride. Un début de tournoi calme ou le français a dominé sans souci Drawin blanch. Il a ensuite laissé pour mort l’ombre de Stefanos Tsitsipas en concédant un tout petit jeu avant de disposer de Valentin Vacherot en trois manches dans un match de patron.
À 4h30 du matin, heure française, Fils a accompli quelque chose qui manquait au tennis français : il a transformé ce qui aurait pu passer pour une défaite encourageante en une victoire de prestige. Un match qui pourrait s'avérer déterminant pour la suite de sa carrière. Mais un grand match ne se fait jamais seul, et il est important de souligner la performance de Tommy Paul, irréprochable du début à la fin et véritable modèle de fair-play.
Notre côté chauvin voudrait éclipser la demi-finale, mais il faut rendre hommage à Jiri Lehecka, qui a dominé un Arthur Fils méconnaissable. Le Français, qui n'avait pas cédé son service avant la demi-finale, n'a pas su tenir la cadence imposée par le Tchèque et s'est incliné 6-2, 6-2.
Quoi qu'il en soit, ce tournoi est une réussite pour Arthur Fils et son équipe. Il a engrangé de la confiance et des points, et devrait aborder la saison sur terre battue avec de vraies ambitions, tant la qualité de son coup droit et la puissance de ses frappes semblent taillées pour cette surface.
Atmane version Cincinati 2025
Si tous les tournois de la saison étaient des Masters 1000 américains, Terence Atmane figurerait peut-être parmi les membres du Top 10 mondial ; c'est en tout cas ce que la semaine du Boulonnais laisse imaginer. Vainqueur face à Daniel Altmaier au premier tour, il s'offre ensuite le numéro 1 français Arthur Rinderknech, dans un match où ce dernier n'a concédé que quatre petits points sur sa première balle. L'exploit arrive en seizième de finale, où Atmane s'impose face au Canadien Félix Auger-Aliassime en produisant un tennis de très haute qualité. Le parcours du Français s'arrête malheureusement en huitième de finale, défait par l'Américain Frances Tiafoe, alors qu'il avait pourtant mené 0/40 à 4-4 dans le troisième set. Une bonne opération comptable pour Atmane qui intègre pour la première fois de sa carrière le Top 50
Humbert passe à côté de sa chance, Halys tombe sur un mur
Ils ont porté le nombre de Français en huitième de finale à quatre dans ce tournoi, une première depuis 2016. Ugo Humbert et Quentin Halys ont tous deux réalisé une belle semaine en Floride.
Halys a remporté trois matchs, dont une victoire sur la tête de série n°16, Alejandro Davidovich Fokina, avant de buter sur plus fort que lui en la personne d'Alexander Zverev. Le Français a emmené l'Allemand jusqu'au tie-break à deux reprises, sans parvenir à faire craquer le numéro 4 mondial. Une très bonne semaine pour Halys, qui pointe toujours en dehors du top 100.
Ugo Humbert s'est incliné au même stade, après deux succès face au Canadien Gabriel Diallo et au Kazakh Aleksandr Shevchenko. Une défaite au goût un peu plus amer, car au vu des surprises accumulées dans ce tournoi, Ugo avait une vraie opportunité d'aller chercher mieux qu'un huitième de finale. Il s'incline en deux manches, 6-4, 6-3, face à Fran Cerundolo, auteur d'un match très solide.
Hécatombe chez les têtes de séries
S'il y a bien un enseignement à retenir de cette édition du Masters 1000 de Miami, c'est la hécatombe au sein du top 25. Seize membres du top vingt-cinq têtes n'ont pas atteint les huitièmes de finale, un chiffre qui illustre à lui seul la densité et l'imprévisibilité de la quinzaine. Au-delà du bilan comptable, ce chiffre met en lumière la performance de ceux qui ont réussi l'exploit de réaliser le Sunshine Double, autrement dit, remporter les deux Masters 1000 américains du mois de mars : Indian Wells et Miami. Cette absence de têtes d'affiche a laissé également la place aux joueurs moins bien classés pour briller, et les Français n’ont pas manqué pas l'occasion.
Alcaraz maudit à Miami
Vainqueur en 2022, finaliste en 2023, l'Espagnol avait fait de Miami un véritable fief pour lancer sa carrière. Mais cela fait désormais trois ans que Carlos Alcaraz peine à exister en Floride. L'année dernière, il s'était fait surprendre dès les trente-deuxièmes de finale par le Belge David Goffin. Cette année, c'est en seizièmes de finale que le chemin du numéro 1 mondial s'arrête, stoppé par un très bon Sebastian Korda, qui confirme sa lancée de début de saison. L'Américain, souvent fragile physiquement, semble peut-être pour la première fois de sa carrière en mesure de réaliser une saison complète au plus haut niveau.
Une défaite en trois sets pour l'Espagnol ( 6/3 5/7 6/4 ), apparu diminué physiquement mais aussi moralement. On a eu du mal à entrevoir le Carlos conquérant et rageur que l'on connaît habituellement.
Medvedev, Draper, Tien, Norrie : La gueule de bois floridienne
Daniil Medvedev, qu'on pensait retrouvé après sa finale à Indian Wells et son titre à Dubaï, a renoué avec ses vieux démons ce lundi 23 mars. Le Russe s'est incliné en trois manches face à un Cerundolo solide, mais pas irréprochable. Un match en dents de scie, où Daniil n'a d'abord pas existé, avant de mener la danse, puis de craquer dans l'ultime set. La balle de match, à l'image de son match, est ratée : il offre le break à l'Argentin sur une double faute poussive. Il reste toutefois membre du Top 10 à l'issue du tournoi.
Ils avaient tous atteint les quarts de finale à Indian Wells, et ils ont tous déçu dès le premier tour à Miami. Jack Draper, Learner Tien et Cameron Norrie illustrent parfaitement ce qui rend le Sunshine Double si difficile à réaliser : un bon résultat en Californie est loin de garantir la même chose en Floride. Bien que leurs défaites ne soient pas à placer sur le même échelon, elles marquent chacune un coup d'arrêt dans leur belle lancée.
Jack Draper, sans doute le plus attendu des trois, est tombé dans le piège Opelka. Sur la surface rapide de Miami, le Britannique a concédé 25 aces en deux manches, toutes deux disputées au jeu décisif. Un match bien ennuyeux, où Draper n'a obtenu qu'une seule balle de break dans le premier set.
Learner Tien s'est lui incliné en trois manches face au Polonais Kamil Majchrzak, auteur d'une performance très solide. Pas d'alerte particulière pour l'Américain, qui préfère les surfaces plus lentes.
Cameron Norrie, lui, n'avait pas déçu à Indian Wells, où il a coutume de très bien jouer. Mais à Miami, c'est une autre histoire pour le Britannique : une surface qui convient moins à son jeu, et une défaite surprenante face à l'Américain Michelsen (7/5, 6/7, 6/4)
Shelton, De Minaur, Bublik : le mois de mars à oublier
Ils sont sans aucun doute les trois membres du top 10 les moins en forme du moment (hors blessure et repos). Alex De Minaur, Ben Shelton et Alexander Bublik feraient mieux d'oublier rapidement ce mois de mars : à eux trois, ils totalisent seulement 3 victoires sur les deux derniers Masters 1000.
De Minaur bute encore sur Tsitsipas. Treizième confrontation entre les deux hommes, et douzième victoire pour Stefanos Tsitsipas, qui s'affirme définitivement comme l'une des bêtes noires de l'Australien, pourtant bien mieux classé que lui. Le sixième joueur mondial s'est incliné en deux sets (6/3, 7/6) dans une partie où le Grec aura remporté 16 points sur la première balle de service de De Minaur, contre 1 seul pour l'Australien.
Terrible tournée américaine également pour le numéro 2 américain. Après sa défaite au deuxième tour d'Indian Wells, où l'on avait vu un Shelton diminué par la maladie, le jeune prodige s'incline en un peu plus de deux heures dès son entrée en lice à Miami, face à un valeureux Shevchenko.
Alexander Bublik, lui, est dans un cas très similaire. Défait au deuxième tour d'Indian Wells, il chute dès le premier tour à Miami face à un Matteo Berrettini des grands soirs, qui ne lui a laissé aucune chance (6/4, 6/4).
Bienvenue dans l'ère de la New “new” Gen
Ce tournoi l'a confirmé : une nouvelle génération de futurs grands est en train d'éclore. Une "new new gen" qui s'est manifestée pour la première fois sur la très grande scène.
L'Espagne a un avenir radieux… même sans Alcaraz
Il est devenu cette semaine le premier joueur né en 2006 à atteindre les quarts de finale d'un Masters 1000. Martin Landaluce, sorti des qualifications, a réalisé deux semaines de folie. Tombeur de trois têtes de série consécutives, il s'est notamment offert le top 20 le plus fantomatique du circuit, Luciano Darderi, avant de réaliser une copie parfaite face à Karen Khachanov et de faire subir la malédiction à Sebastian Korda, lui-même tombeur de Carlos Alcaraz au tour précédent. Avec ce tournoi, il engrange 200 points ATP, grimpe de 45 places au classement et se retrouve aux portes du top 100. L'Espagnol devrait pouvoir disputer des tournois importants sur terre battue, espérons que la fédération espagnole soit clémente avec lui.
Le plus beau pour le pays des tapas, c'est que Landaluce n'est même pas le seul jeune joueur qui impressionne le circuit. Rafael Jodar, 19 ans, est le deuxième meilleur joueur de moins de 20 ans de la planète. Il a atteint cette semaine les huitièmes de finale d'un Masters 1000 et intègre par la même occasion le top 100 ATP.
La France tient aussi sa star
Certes, l'Espagne possède des cracks au présent et au futur, mais la France tient son diamant. Moïse Kouamé, tout juste 17 ans, bénéficiait à Miami d'une wild card en tableau principal, invitation qu'il a honorée en remportant son premier match face à l'Américain Svajda. Il s'incline au second tour face au futur finaliste du tournoi, Jiri Lehecka. Aujourd'hui 329e mondial, Moïse poursuit son ascension. On a appris la semaine dernière qu'il bénéficierait d'une nouvelle invitation pour le tournoi de Monte-Carlo.
Houston, Bucarest, Marrakech : le coup d'envoi sur ocre
Le printemps est là, les jours sont plus longs, il est l'heure de quitter les surfaces dures, les matchs sans break et les rebonds bas. Place à la terre battue, aux rallyes interminables. On parlera de Monte-Carlo la semaine prochaine, mais pour se chauffer, trois ATP 250 sont au programme cette semaine avec des tableaux assez déséquilibrés.
Houston : tournoi interne pour les Américains ?
Sept Américains sur les huit têtes de série, à croire que tout le monde voulait fuir l'Amérique après Miami. Le tournoi de Houston sera cependant à surveiller, avec notamment Ben Shelton ainsi que Learner Tien.
Pronostic : Tommy Paul
Bucarest : le challenger qui se faisait passer pour un ATP
Gabriel Diallo tête de série numéro 1, Mannarino sur terre… rien de bon à tirer de cet ATP 250 roumain.
Pronostic : Nuno Borges
Marrakech : le tournoi de la semaine
Le tournoi le plus attrayant de la semaine se situe au Maroc. On y observera le retour de Griekspoor, Luciano Darderi dans son exercice favori, ainsi que Corentin Moutet, tête de série numéro 3.
Pronostic : Luciano Darderi
Classement ATP Lundi 30 Mars 2026
- Numéro 1 mondial - 🇪🇸 Carlos Alcaraz - 13 590 points
- 2 - 🇮🇹 Jannik Sinner - 12 400 points
- 3 - 🇩🇪 Alexander Zverev - 5205 points + 1
- 4 - 🇷🇸 Novak Djokovic - 4720 points - 1
- 5 - 🇮🇹 Lorenzo Musetti - 4265 points
- 6 - 🇦🇺 Alex De Minaur - 4095 points
- 7 - 🇨🇦 Félix Auger Aliassime - 4000 points +1
- 8 - 🇺🇲 Taylor Fritz - 3870 points - 1
- 9 - 🇺🇲 Ben Shelton - 3860 points
- 10 - 🇷🇺 Daniil Medvedev - 3610 points





