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FC Porto : Analyse d'une renaissance

    Surprise ou renaissance ? Quoiqu’il en soit, le FC Porto impressionne en ce début de saison. Après plusieurs années difficiles pour les supporters des Dragons, le vent semble enfin changer. Entre nouveau projet emmené par un président ambitieux et mercato XXL, comment expliquer le renouveau du FC Porto ?


Source : So Foot

L’ombre avant la lumière 

     Le football est une histoire de cycle, et le club portugais n’échappe pas à la règle. Les Dragoes sortent de trois saisons en dents de scie : aucun titre en championnat depuis 2022, des parcours décevants en Europe et 2 Coupes du Portugal. 2 titres en trois saisons certes, mais ce n’est pas ce qui satisfait les supporters. Sur ces dernières années, le FC Porto était clairement écarté des débats menés par Benfica et le Sporting Portugal.



Source : FFL


Le 28 avril 2024, André Villas-Boas succède à Jorge Nuno Pinto da Costa et devient le nouveau président des Bleus et Blancs, pour un mandat de quatre ans. Une arrivée qui paraît faire l’unanimité, tant l’homme est respecté. En effet, Villas-Boas et le FC Porto se connaissent bien, l’ancien coach avait connu un passage exceptionnel au club lors de la saison 2010-2011. Auteur d’un quadruplé historique (Championnat, Coupe, Supercoupe et Europa League), il est devenu l’un des plus jeunes entraîneurs à remporter une compétition européenne. Une saison 5 étoiles qui lui avait valu un départ onéreux chez les Blues de Chelsea.

 


André Villas-Boas lors de sa signature en tant que nouveau président du club
Source : RMC Sport


 Vu comme l’homme capable de remettre le FC Porto tout en haut sur la scène portugaise et européenne, la mission est lourde. L’ancien coach marseillais doit tout d’abord composer avec une dette de 500 millions d’euros, et devient ainsi obligé de construire un effectif avec le défi de vendre plus que d’acheter. Le sportif est forcément impacté : le serial buteur Evanilson s’envole vers Bournemouth pour 37 millions d’euros, l’espoir Francisco Conceicao part à la Juventus et le métronome espagnol Nico Gonzalez rejoint lui aussi la Premier League et les Sky Blues (Manchester City) pour 60 millions d’euros. André Villas-Boas doit donc se baser sur une politique qui a usuellement réussi aux Dragons : faire éclore de nouveaux talents. Il doit parallèlement gérer le cas Conceicao, coach légendaire des Portuans et très apprécié de Jorge Nuno Pinto da Costa, sur qui le néo-président ne compte plus. Les coachs défilent mais ne parviennent pas à convaincre : Vitor Bruno est le premier entraîneur nommé par Villas-Boas mais est démis de ses fonctions quelques mois plus tard, après des résultats trop peu satisfaisants. José Tavares assure l’intérim et Martin Anselmi est appelé à la rescousse jusqu'à l’issue de la saison, mais l'Argentin ne trouve pas la recette et ne peut faire mieux qu’une troisième place en championnat ainsi qu’une triste élimination en phase de groupe lors de la Coupe du Monde des clubs, dans une poule jugée à la portée des Portugais. 



Nomination de Martin Anselmi au poste d'entraîneur le 27 janvier 2025
Source : Excelsior


Été 2025 : La révolution

Ce deuxième été sous l’ère Villas-Boas apparaît rapidement comme un chantier central dans la construction d’un nouveau projet fiable. Un chantier commencé, en réalité, une année plus tôt. Une refonte de l’effectif avec des obligations économiques et une nouvelle manière de procéder dans le recrutement : cibler des jeunes joueurs prometteurs, capables d’amener le club vers de nombreux trophées, toujours avec un objectif de revente importante. C’est en ce sens que Samu Omorodion est recruté pour 15 millions d’euros à l’Atletico Madrid.



Samu sous ses nouvelles couleurs lors du mercato 2024
Source : Jornal de Noticias


    Le premier gros coup réalisé par les Portugais lors de ce mercato survient le 6 juillet, avec la nomination du nouveau coach des Dragons : Francesco Farioli. Jeune entraîneur de seulement 36 ans avec une identité de jeu bien définie, Farioli a tout l’air de l’entraîneur idéal pour les Bleus et Blancs. Malgré son âge, l’Italien témoigne déjà d’une expérience rodée. En effet c’est en France qu’il se fait connaître, sous les couleurs de l’OGC Nice. Après une première expérimentation fructueuse à Alanyaspor en Turquie, où il fait parler de lui grâce à son jeu de possession attrayant, Jim Ratcliffe se convainc de le nommer à la tête du projet niçois. Une saison suffit au coach pour démontrer ses grandes qualités : les Aiglons produisent un jeu séduisant et finissent cinquième de Ligue 1. Une performance qui attire l'œil d’un grand d’Europe malade : l’Ajax Amsterdam. Francesco Farioli ne reste qu’une saison chez les ajacides mais étale une fois de plus toutes ses compétences. Il permet au club néerlandais de se (re)qualifier en Ligue des Champions et combat jusqu’à la fin de la saison pour le titre d'Eredivisie, que les Amstellodamois perdent au profit du PSV Eindhoven. Des désaccords avec la direction du club conduisent à son départ, et permettent aux dirigeants Portuans de le récupérer pour un nouveau défi.



Francesco Farioli au moment de son départ de l'Ajax Amsterdam
Source : So Foot

    Débarrassé des carcasses laissées par son ex-président, André Villas-Boas entreprend un mercato démentiel : 80 millions d’euros déboursés et pas moins de 10 recrues pour les Dragons. Les Portugais sont allés chercher de l’expérience, à l’image de Jan Bednarek, imposant défenseur central Polonais, qui comptabilise plus de 200 matchs en Angleterre sous les couleurs de Southampton et Aston Villa. Nehuen Perez, une des rares satisfactions de la saison précédente lors de son prêt, est acheté définitivement du côté de l’Udinese. L’expérience provient aussi d’un transfert surprise, même oublié par le très informé Fabrizio Romano : celui de Luuk De Jong. Libre de tout contrat après sa dernière saison au PSV Eindhoven, le buteur néerlandais rejoint les Dragons.


Présentation de Luuk De Jong à l'Estadio do Dragao
Source : Tribuna Expresso


    Le FC Porto est aussi allé chercher des profils à relancer, c’est le cas de Gabri Veiga. Jeune espagnol de 23 ans qui s’était révélé au Celta Vigo il y a deux saisons, ce dernier s’était exilé en Arabie Saoudite à Al-Ahli, où son passage fut mitigé. Yann Karamoh, passé par Bordeaux, Montpellier ou encore Parme, est aussi arrivé libre chez les Portuans pour compléter la rotation du trio offensif.


Gabri Veiga
Source : leballonrond.fr

    
Les dirigeants Portugais ne comptent tout de même pas uniquement sur de l’expérience, mais aussi sur des talents sur lesquels ils ont cassé leur tirelire. C’est pour cette raison qu’ils ont jeté leur dévolu sur le jeune Victor Froholdt, milieu de terrain danois de 19 ans recruté pour un peu plus de 20 millions d’euros à Copenhague, club où il a été formé. Alberto Costa (arrivé de la Juventus), Carlos Sainz (arrivé en provenance de Norwich City pour 13 millions d’euros) et Jakub Kiwior, défenseur prometteur et habitué du très haut niveau chez les Gunners, viennent compléter le mercato agité du club.


Victor Froholdt
Source : AfricaFootUnited

  
 Le président Villas-Boas a conjointement accompli un objectif essentiel dans ce mercato : garder les éléments forts. Le premier nom qui vient en tête est automatiquement celui de Samu Omorodion, meilleur buteur des Dragons la saison dernière (27 buts toutes compétitions confondues). Arrivé l’été dernier en provenance de l’Atlético Madrid, après une bonne première saison en Liga sous les couleurs d’Alaves (prêt), le néo-international a beaucoup intéressé durant l’été. Profil puissant et tueur, Samu a surtout attiré l'œil en Premier League, particulièrement à Newcastle, où il était pressenti pour être le digne successeur d’Alexander Isak, parti à Liverpool. André Villas-Boas a réussi la mission de le garder sous son aile, tout comme plusieurs autres profils, eux aussi courtisés. Le Paris Saint-Germain s’était penché sur le cas Rodrigo Mora, pépite formée au club. Le jeune milieu créatif portugais, qui avait fait ses débuts en professionnel à 15 ans, a pu discuter à plusieurs reprises avec le directeur sportif parisien Luis Campos, qui avait déjà réalisé le joli coup Vitinha quelques années plus tôt. Des pourparlers qui n’ont jamais abouti à un quelconque accord. Celui qui est devenu international portugais en mai dernier, évolue ainsi sous Farioli, où il n’est pas un titulaire indiscutable, bien qu’il rentre en cours de jeu systématiquement. Le dossier le plus brûlant concernait le portier et capitaine Diogo Costa. Longtemps annoncé du côté de Manchester City pour succéder à Ederson, l’international portugais est bien resté dans les rangs des Dragons, et aura un rôle central dans le nouveau cycle dans lequel se plonge le club.



Diogo Costa, capitaine et gardien du FC Porto
Source : Flashscore

Un effectif compétitif

    Ainsi, le FC Porto arbore un effectif “new look” pour l’exercice 2025-2026, avec un groupe qui a presque totalement changé en deux saisons. Des cadres et joueurs importants du club sont restés, et permettent d’épauler les jeunes et les nouveaux arrivants. C’est le cas du Nigérian Zeidu Sanusi, du virevoltant Pêpe ou encore de l’international Canadien Eustaquio, qui accompagnera le jeune Froholdt dans l’adaptation à son nouvel environnement. D’autre part, la logique menée durant ce mercato révèle une volonté de mêler jeunesse et expérience au sein du collectif Portuan, en témoigne le poste de numéro 9, où le très expérimenté Luuk De Jong viendra accompagner un Samu en constante progression.


Source : Fantasy Football Scout

Un parcours sans faute

    Les choix du nouveau président semblent payer, car les portugais sont irrésistibles en ce début de saison : premier de la Liga Portugal avec sept victoires et un match nul, tout en étant à la fois meilleure attaque et meilleure défense du championnat (19 buts marqués contre seulement un encaissé). A noter une victoire référence face au Sporting Portugal, champion en titre, lors de la quatrième journée. Sur la scène européenne, l’équipe reste sur les mêmes standards : 2 victoires en deux matchs (0-1 contre Salzbourg et 2-1 face à l’Etoile Rouge de Belgrade). Deux succès tardifs (à la 89e et 93e minute) qui placent les Dragons parmi les sept équipes à 6 points en Europa League. De plus des résultats, la satisfaction des supporters Portugais émane du jeu séduisant offert par le collectif Portuan et de leur supériorité presque évidente dans tous les matchs qu’ils ont joués.



Source : Trivela

Farioli, l’architecte des Dragons

    La source de cette réussite provient en grande partie de leur entraîneur Francesco Farioli. Le tacticien de 36 ans, fils spirituel d’un certain Roberto De Zerbi, s’appuie sur des principes de jeu bien précis. Tout d’abord, il ne déroge jamais (ou rarement) à son 4-3-3. Un système évolutif avec et sans le ballon. 




4-3-3 utilisé par Francesco Farioli
Source : Reddit

    
    En effet, lorsque les Dragons portent la balle, ce 4-3-3 se transforme en 2-3-2-3. Les latéraux rentrent à l’intérieur sur la même ligne que le milieu défensif, favorisant les ressorties de balle courtes. Cette position axiale des latéraux oblige ainsi les ailiers adverses à être un cran plus haut, favorisant les 1 contre 1 pour les ailiers Portugais en cas de ressortie de balle. Plutôt adepte du jeu court, Farioli ne reste toutefois pas rigoriste. En effet la force de son équipe réside en la modularité de son système, à la fois capable de ressortir le ballon par des enchaînements de passes courtes, mais aussi à jouer plus directement, par de longs ballons par exemple.

    
    D’un point de vue défensif, tout est (aussi) parfaitement huilé. Le premier principe concerne le contre-pressing, c’est-à-dire la capacité de son équipe à récupérer le ballon le plus vite possible une fois qu’il a été perdu. Cela exige une débauche d’énergie et une organisation très précise (Qui va où à quel moment ?). Ce principe de jeu, qui réussit à Farioli, asphyxie l’adversaire pour qui, deux solutions s’imposent : faire une erreur bas sur le terrain ou alors forcer un jeu plus long, synonyme de perte de balle dans la plupart des cas. Cela ramène à une obsession constante du jeu voulu par le technicien italien : avoir le ballon. Toutefois quand l’adversaire du soir est au-dessus dans de nombreux aspects du jeu, Farioli s’adapte. Ainsi, son 4-3-3 se transforme en 5-4-1 : le milieu défensif s’installe comme un troisième défenseur central, les deux milieux relayeurs viennent former un “double-pivot” et les deux ailiers se comportent désormais comme des milieux excentrés. Cette modification permet alors de resserrer les lignes et de pouvoir, à la récupération du ballon, exploser en contre.


Le 5-4-1 du FC Porto en phase défensive
Source : Kick Off FR

    Le nouveau virage emmené par André Villas-Boas semble enfin se diriger dans le bon sens. Reste à savoir si ce n’est qu’une forme du moment ou l'aube d’une ère remplie de réussite pour les Dragons. Étant donné le début de saison tonitruant accompli en championnat, difficile d’imaginer les hommes de Farioli ne pas tout prendre sur la scène portugaise. En ce qui concerne l’Europa League, Porto a bien commencé et aura sa carte à jouer, même si la concurrence demeure rude avec de nombreux clubs habitués à de beaux parcours (AS Roma, Aston Villa, Olympique Lyonnais …). Le premier gros rendez-vous européen des Portugais aura lieu le 23 octobre prochain face à Nottingham Forest, et nous permettra d’en savoir un peu plus sur le réel statut des Bleus et Blancs dans la compétition.

Esteban Suarez.

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