0%. C’était le pourcentage de chance du FC Barcelone de se qualifier en quart de finale de Ligue des champions le 8 mars 2017. Pourtant avant le match, le mot “remontada” est dans toutes les bouches. En à peine 2 minutes, le monde du football a vite compris que ce soir-là n’allait pas être un soir comme les autres. Retour sur l’un des matchs les plus fous de l’histoire du football.
4-0. Nous sommes le 14 février 2017, et le Paris-Saint-Germain, orphelin de Zlatan Ibrahimovic, vient d’écraser le FC Barcelone de Messi, Suarez et Neymar 4-0… Les réactions de la presse catalane ne se font pas attendre. Tout de suite, Mundo Deportivo qualifie cette défaite “d’humiliation” ou même de “désastre” pour le FC Barcelone. Mais très vite, dans les jours qui suivent, on retrouve les signes d’une lueur d’espoir.
Dès le 18 février 2017, Luis Enrique, coach du Barça, annonce en conférence de presse penser à ce match “chaque nuit, à chaque instant”. Il n’en fallait pas plus aux médias catalans pour y croire. L’opération Remontada est lancée. Cette nouvelle expression est dans toutes les bouches, dans toutes les têtes. Elle fait même la Une du quotidien Sport dès le 21 février : “Il faut croire en la Remontada”. La machine médiatique commence 2 à 3 semaines avant le match retour, bien entretenue par les joueurs blaugrana multipliant les sorties. Xavi accorde une interview au Parisien et explique que “le Barça va mieux… cela me fait penser qu’une remontada est possible”. Provocateur.
Pour rappel, Paris l’a emporté 4 buts à 0 au match aller. Durant 90 minutes, le Paris-Saint-Germain a étouffé le FC Barcelone. Ce 4-0 n’est pas le fruit du hasard, il découle d’une surdomination parisienne sur un Barça en fin de cycle. Alors pourquoi la tendance s’inverserait-elle 3 semaines plus tard ? Fort d’auto-persuasion ou profonde conviction de la grandeur de leur club ?
Le match approche et la presse s’emballe. On ne compte même plus le nombre de fois où le mot remontada apparaît dans les colonnes des journaux espagnols.
Cette pression médiatique ne laisse pas les membres du Paris Saint-Germain indifférents. Alors que la confiance devrait régner, le clan PSG montre de nombreux signes de fébrilité. Dans une séquence de la mini-série « SupperClub », Marco Verratti, Blaise Matuidi, Julian Draxler et Thomas Meunier commentent ensemble les possibles scénarios du match retour contre le Barça autour d’un dîner. Marco Verratti lance alors : « si on perd 5-1 et qu’on est passés, vous êtes contents ou pas ? ». Comment envisager un tel scénario alors que ton équipe a gagné 4-0 à l’aller ? Julian Draxler et Blaise Matuidi racontent même qu’ils seraient contents de ce scénario. À ce moment-là, la qualification simple suffirait à Paris, comme si celle-ci était encore loin d’être acquise. Marco Verratti explique même dans une interview la veille du match qu’il s’agissait de « l’un des matchs les plus importants de sa carrière ».
Pour rappel, Paris l’a emporté 4 buts à 0 au match aller.
La veille du match, les déclarations catalanes se multiplient : « Si on est capables d’encaisser quatre buts, nous sommes capables d’en marquer six », explique le coach barcelonais. Le storytelling autour de la grandeur du club blaugrana et de son mythique stade du Camp Nou prend de l’ampleur.
« S’il y a une équipe capable de remonter quatre buts, c’est bien le Barça. » Luis Suarez
« Il faut que le Camp Nou soit une cocotte minute. » Luis Enrique
8 mars 2017, c’est le jour J. Alors que cette double confrontation devait déjà être pliée, le matraquage médiatique a fonctionné. Tout le monde s’attend à une Remontada. La presse espagnole est en furie.
« Mission (im)possible » titre Mundo Deportivo
« Nous sommes le Barça » titre Sport
Esportiu, le quotidien sportif en langue catalane, titre même en français « Le jour de gloire est arrivé ». Hallucinant. Pour rappel, Paris l’a emporté 4 buts à 0 au match aller.
Il est 21 heures, Deniz Aitekin, arbitre de la rencontre, donne le coup d’envoi. 2 minutes et 25 secondes de jeu et le scénario imaginé se dessine déjà. La défense parisienne ne parvient pas à se dégager. À l’issue d’un cafouillage dans la surface, Luis Suarez lobe Kevin Trapp de la tête. La défense parisienne, pas exempte de tout reproche, montre déjà des premiers signes de fébrilité. 1-0 Barcelone. 10e minute de jeu, Draxler délivre un bon centre en retrait dans la surface barcelonaise, détourné de la main par Mascherano. Deniz Aitekin n’accorde pas de penalty et prend une première décision controversée. 41e minute, alors que Paris avait déjà pris un but casquette dès l’entame de match, le deuxième est encore pire. Marquinhos se liquéfie dans un duel avec Andres Iniesta dans la surface parisienne. Le magicien espagnol délivre un centre en talonnant vers Luis Suarez, intercepté par Layvin Kurzawa. Le Français, pourtant seul, dévie la balle dans son propre camp. Un deuxième but gag pour terminer les 45 premières minutes. 2-0 Barcelone. À la pause, les Blaugrana ont déjà fait la moitié du chemin. La fameuse Remontada annoncée semble plus que jamais en marche. Et dès le retour des vestiaires, cette hypothèse se confirme. À la 47e minute, Neymar est bien lancé par Iniesta dans la surface. Thomas Meunier glisse et fait chuter le Brésilien. Dans un premier temps, Deniz Aitekin ne désigne pas le point de penalty. Ce n’est que quelques secondes plus tard que l’arbitre additionnel, sous la pression du très expérimenté Luis Suarez, indique à l’arbitre central sa décision. Penalty transformé par Messi : 3-0 Barcelone. Une séquence controversée, qui alimente encore un peu plus les débats sur l’arbitrage de la rencontre.
62e minute. Verratti lance merveilleusement bien Kurzawa dans la surface adverse. Le latéral français dévie le ballon de la tête vers Edinson Cavani. L’Uruguayen transforme l’occasion d’une frappe sèche sous la barre. Et c’est le but qui change tout. Paris doit désormais s’incliner 6-1 pour se faire éliminer de la Ligue des champions. Le banc parisien exulte et les supporters parisiens respirent à nouveau.
85e minute. Di Maria défie Ter Stegen en un contre un, le face-à-face est complètement manqué mais l’Argentin semble avoir été attrapé par Mascherano dans la surface. Pas très grave… Paris va se qualifier. « En face c’est pas Girone, c’est pas Valladolid, c’est le Paris Saint-Germain. »
À 3 minutes de la fin du temps réglementaire, le FC Barcelone mène 3-1 et doit inscrire trois buts supplémentaires pour se qualifier. Impensable. Mais lorsque Neymar inscrit un somptueux coup franc à la 88e minute, le monde du football y croit de nouveau. Et si le Barça pouvait le faire ?
95e minute. Coup franc pour les Blaugrana frappé par l’intenable Neymar, repoussé par Marco Verratti. Le ballon revient dans les pieds du Brésilien, feinte de centre, le joueur parisien se retourne, le numéro 11 barcelonais délivre un caviar au deuxième poteau pour Sergi Roberto. But. 6-1. « C’est pas possible » lance alors Stéphane Guy au micro de Canal+. Et si, le FC Barcelone s’est imposé 6-1 et est qualifié pour les quarts de finale de la Ligue des champions. Pour rappel, Paris l’avait emporté 4 buts à 0 au match aller.




