Il a été l’un des gros coups du recrutement des Reds dans ce mercato 2025. Le français de 23 ans Hugo Ekitike a rejoint le Liverpool d’Arne Slot pour une somme déroutante : 90 millions d’euros bonus compris. Un prix jugé exorbitant pour beaucoup, bien que le néo-international ait réalisé la meilleure saison de sa jeune carrière à l’Eintracht Francfort : 26 buts toutes compétitions confondues et une place dans le 11 type de la saison en Bundesliga. Après un passage raté du côté du Paris Saint-Germain, Ekitike a su rebondir dans un pays qui réussit tout particulièrement aux jeunes français : l’Allemagne. Il est un exemple parmi de nombreux autres joueurs français à avoir brillé outre-Rhin et pour qui ce passage a été un tremplin vers des géants européens et des sélections en Bleu.
Hugo Ekitike lors de sa signature à Liverpool
Source : Mx24TV
Aujourd’hui considéré comme l’un des cinq championnats majeurs en Europe, la Bundesliga a fait son apparition en 1963, soit bien après le début des premières divisions en Angleterre ou en Espagne. Une des nombreuses conséquences d’une situation politique instable. Au fil des décennies la Bundesliga s’est installée comme l’un des championnats les plus attractifs et compétitifs du monde. Des ambiances chaudes, un jeu porté vers l’avant et des infrastructures novatrices : l’Allemagne a tout mis en œuvre pour attirer de plus en plus. Et ça, les jeunes français l’ont bien compris puisque sur la saison 2022-2023, la Bundesliga recensait 38 joueurs français soit le championnat possédant le plus de francophones en Europe.
Une présence française historique ?
L’histoire d’amour n’est pas immédiate. En effet, il a fallu attendre la fin des années 90 pour voir les premiers français s’envoler vers la Bundesliga. Jean-Pierre Papin, en quête de temps de jeu, décide de rejoindre la Bavière et Giovanni Trapattoni en 1994. Couronné d’un ballon d’or trois ans plus tôt, il constitue le premier joueur français d’envergure à tenter l’expérience allemande. Malgré un titre en Europa League, Papin ne convaincra pas les supporters rouges et blancs. Mais son passage bavarois en inspirera bien d’autres.
Difficile d’oublier celui qui a véritablement lancé cette connexion franco-allemande : Bixente Lizarazu. Un passage plus que réussi pour le basque : 14 titres majeurs ( 1 Ligue des Champions, 1 Supercoupe d’Europe, 3 DFB Pokal, 4 Bundesliga et 3 Coupe de la Ligue). L'ascension munichoise du champion du monde inspire d’autres francophones à se jeter dans le bain allemand. Willy Sagnol, Johan Micoud, Valérien Ismaël suivent le pas dans les années 2000 respectivement au Bayern Münich et au Werder Brême, avec de nombreux titres à la clef. L’histoire est définitivement lancée.
Jean-Pierre Papin et Bixente Lizarazu
Source : AFP
Franck Ribéry soulevant sa première Ligue des Champions
Source : Getty Images / Eurosport
Un succès inexpliqué ?
Une telle vague de jeunes talents français qui performent en Bundesliga, ce ne peut être le pur fruit du hasard. Beaucoup de facteurs expliquent les belles trajectoires que connaissent ces jeunes tricolores pendant leur passage outre-Rhin.
La première raison apparente est évidemment la formation française. Dans un championnat économiquement en difficulté depuis quelques années, nombreux sont les clubs français de l’élite qui s’appuient sur la formation. Leny Yoro ou Eduardo Camavinga incarnent en tout point de vue le modèle utilisé par ces clubs-ci à l’heure actuelle. Mais aujourd’hui, pourquoi “le joueur français” est un profil apprécié de tous les plus grands championnats au monde et spécifiquement en Allemagne ? Tout d’abord puisqu’il est un joueur relativement abordable au regard du rapport qualité/prix. Il est un joueur peu coûteux qui peut, arriver à maturité et à pleine exploitation de son talent, rapporter beaucoup sportivement et financièrement. De plus, il est un profil tout à fait atypique. Le joueur français est aujourd’hui conçu pour changer le cours d’un match à lui seul de par les différences qu’il fait, résultat d’un travail de formation dont seul la France a le secret. Si l’on s’intéresse de plus près au cas allemand, nous pouvons très vite nous apercevoir que la majorité des joueurs qui performent en Bundesliga ont un profil très similaire : puissant, rapide et doté d’une capacité de percussion au-dessus de la moyenne. Les clubs allemands viennent chercher des profils qu’ils ne peuvent tout simplement pas développer. Pourquoi rares sont les jeunes milieux de terrain français présents en Bundesliga ? Puisque la formation allemande est munie de nombreux profils correspondant aux qualités requises pour le poste.
Centre National du football de Clairefontaine, un des berceaux de la formation française.
Source: Vincent Mercier, L’Equipe
L’argument d’une formation française performante ne suffit pas à expliquer cette éclosion en Allemagne. La réussite antérieure de leurs pairs favorisent forcément les jeunes français à se lancer en Allemagne. Ils s’appuient sur des exemples : Lizarazu, Ribéry ou encore Coman. Beaucoup reçoivent de bons échos de leurs prédécesseurs, favorisant l’envie de tenter l’aventure. De plus, la Bundesliga constitue un marché porteur pour lequel il est intéressant à la fois pour les agents et les joueurs de s’y engager. Le style de jeu offensif et dynamique du championnat attire forcément la curiosité de beaucoup de prospects. Une image qui n’a d’ailleurs pas toujours été celle-ci. Auparavant la Premier League était le championnat qui attirait le plus. Toujours spectaculaire, la Bundesliga a su redorer son image petit à petit, grâce notamment à des “pères de la tactique” tels que Jürgen Klopp ou Ralf Rangnick qui ont insufflé de la nouveauté au championnat. Aujourd’hui, l’objectif des joueurs n’est plus de rejoindre la Premier League ou les géants de la Liga mais bien de se développer en Allemagne. Il faut aussi dire que la façon de travailler des clubs allemands attire. En effet, la plupart de la politique des clubs en Bundesliga est basée sur de la revente. L’image de “club tremplin” est totalement assumée.. Un processus nouveau dans le football, il est plus rare de voir un jeune joueur d’un club de seconde zone (en France ou ailleurs) partir instantanément dans un très grand club. Dans la nouvelle façon de “faire sa carrière” pour un jeune prometteur, il est aujourd’hui nécessaire de passer par ce que l’on désigne un club “tremplin”. Le RB Leipzig ou l’Eintracht Francfort en sont d' excellents exemples. Autrement dit, les clubs allemands font part d’un projet sportif clair et d’une ligne directrice bien établie avec des entraîneurs qui n’hésitent pas à titulariser des jeunes de 18 ou 19 ans, leur garantissant bien souvent un temps de jeu régulier. Un argument de poids et très rassurant pour des joueurs talentueux. La question du “droit à l'erreur” est aussi à se poser, peut-être est-il plus important en Bundesliga qu’ailleurs.
En comparaison aux autres championnats du Big Five, les jeunes français y sont déjà moins nombreux : environ 28 français en Premier League sur la saison 2023-2024 contre 42 en Bundesliga. Outre le fait que la présence française est moindre en Espagne, en Angleterre ou en Italie par rapport à la Bundesliga, la réussite l’est aussi. Il est moins fréquent de voir de jeunes tricolores s’imposer rapidement dans ces championnats, bien qu’il existe de nombreux contre-exemples (William Saliba ou Kylian Mbappé). Ces championnats présentent de nombreux freins moins présents en Allemagne ou même en France : une concurrence souvent plus accrue dans des effectifs très compétitifs. Non pas que les clubs allemands ne le sont pas, mais que ces derniers comptent davantage sur des joueurs en devenir. Les exigences sont très spécifiques à certains pays. En Italie, la rigueur défensive ou la méfiance envers l’inexpérience peuvent ralentir l’émancipation de certains. En Espagne, la maîtrise technique et l’adaptation à une certaine façon de presser exigent une acclimatation express. Ajouté à cela une pression médiatique généralement sans communes mesures dans des pays comme l’Espagne ou l’Angleterre.
Une réussite qui profite à tous
La réussite des jeunes cracks français en Bundesliga génère bien entendu des retombées positives à plusieurs niveaux. Pour la France, elle confirme l’efficacité de sa formation et valorise son savoir-faire footballistique : chaque bonne performa nce accroît l’attractivité des jeunes talents tricolores et inspire les clubs à davantage s’appuyer sur le développement de la formation. Du côté des clubs allemands, ces talents permettent de pouvoir performer sur la scène nationale comme européenne. Un apport important du point de vue de la compétitivité sportive, d’autant qu’il renforce l’image des clubs, capables de révéler de grands talents. Quant au championnat allemand, la présence de ces Français renforce l’attractivité de la Bundesliga à l’international. Cela attire de plus en plus de spectateurs tout en élevant le niveau du championnat. In fine, cela relève du cercle vertueux : la France consolide son statut de réservoir de talents, les clubs bénéficient d’un enrichissement sportif et économique, et la Bundesliga se positionne comme un championnat majeur capable d’attirer et de former l’élite du football mondial.
Seulement de la poudre aux yeux ?
Il est vrai que la Bundesliga fait éclore de nombreux cracks français, mais la réussite post-allemande est-elle toujours au rendez-vous ? C’est un questionnement courant lorsque l’on voit la perspective des derniers joueurs à avoir fait vibrer l’Allemagne. Le bilan est mitigé. Effectivement quelques-uns arrivent difficilement à confirmer. C’est le cas de Christopher Nkunku, absolument brillant sous le maillot du RB Leipzig, qui n’a pas connu un passage mémorable chez les Blues de Chelsea. Randal Kolo Muani fait aussi partie de la liste. Décisif plus de 25 fois sur sa dernière saison à l’Eintracht, l’ancien canari n’était pas parvenu à se frayer une place dans le collectif parisien. La faute à une Bundesliga trop friable défensivement ? Si nous nous penchons sur les cas plus positifs, cela concerne la plupart du temps des joueurs défensifs. Ibrahima Konaté connaît une belle ascension en devenant le deuxième taulier de la défense des Red Devils au côté de Virgil Van Dijk. De même pour Benjamin Pavard, déterminant dans la très belle saison que vient d’accomplir l’Inter. Il est difficile de se prononcer sur la suite d’une confirmation en Bundesliga, certains continuent leur progression et d’autres stagnent.
La question qu’il est légitime de se poser aujourd’hui est : qui est le prochain sur la liste ? Quel joueur français va exploser en Bundesliga lors de cette saison 2025-2026 ? De nombreux francophones ont démarré la saison en trombe. C’est le cas de Michael Olise qui a été décisif à 6 reprises lors des 5 premières journées de Bundesliga (3 buts, 3 passes décisives) ou de Jean-Mattéo Bahoya, belle surprise de l’Eintracht sur ce début d’exercice. Le jeune ailier a montré de belles qualités sous la houlette du jeune entraîneur Dino Toppmöller, avec 2 buts à la clef. Sera-t-il le digne successeur d’Hugo Ekitike et Randal Kolo Muani ?
Jean-Matéo Bahoya
Source : Les Transferts






